Résumé
Au cours des derniers mois, plusieurs municipalités canadiennes ont pris des mesures pour établir des lois locales sur les « zones à risque » créant des interdictions générales de manifester dans de vastes secteurs de plusieurs villes canadiennes. Ces mesures, inspirées des lois qui créent des périmètres de non-manifestation autour de sites tels que les cliniques d'avortement ou les hôpitaux, sont désormais appliquées aux lieux de culte, aux écoles et aux centres communautaires. La tendance s'est accélérée en 2023-2024, au milieu de grandes manifestations pro-palestiniennes contre le génocide israélien à Gaza et la complicité du Canada. Ces règlements municipaux, présentés comme des outils de sécurité publique, sont utilisés de manière disproportionnée pour réprimer les manifestations pro-palestiniennes et d'autres voix dissidentes. La formulation large et les zones étendues de ces lois risquent d'empiéter sur les libertés constitutionnelles, d'étouffer les protestations légales et de donner aux autorités le pouvoir d'appliquer sélectivement les lois contre ce qu'elles perçoivent comme impopulaire ou controversé. Cette note examine la montée en puissance de ces lois sur les zones à risque et leurs impacts, et propose des recommandations politiques pour sauvegarder l'expression démocratique tout en répondant à de véritables préoccupations en matière de sécurité.
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Principales préoccupations : Les nouveaux arrêtés municipaux relatifs aux zones de bulles utilisent souvent des termes vagues tels que « manifestation gênante » et interdisent les manifestations dans un rayon de 50 à 100 mètres autour des sites désignés, créant ainsi de vastes zones d'interdiction de manifester. Les experts juridiques et les groupes de défense des libertés civiles avertissent[i] que ces mesures vont au-delà de ce qui est nécessaire pour prévenir les dommages, ce qui soulève de sérieuses questions au regard de la Charte des droits. Les manifestations pro-palestiniennes sont à l'origine de bon nombre de ces arrêtés, ce qui alimente le sentiment d'une application sélective. Les autorités ont justifié[ii] les lois par une rhétorique sur la montée de l'antisémitisme et les « foules haineuses », mais cette approche générale risque de qualifier les protestations légitimes de haine et de faire de « sécurité publique » un prétexte pour faire taire les dissidents. Si elles ne sont pas examinées, ces mesures pourraient créer un précédent troublant dans lequel les municipalités dicteraient où et quand les citoyens peuvent exprimer leur désaccord.
Recommandations principales : Les décideurs politiques canadiens devraient faire preuve d'une extrême prudence en ce qui concerne les zones tampons pour les manifestations locales. Les interdictions générales de manifester à proximité de sites « vulnérables » devraient être étroitement adaptées, n'être utilisées qu'en dernier recours et faire l'objet d'un examen rigoureux au regard de la Charte. Au lieu de zones permanentes d'interdiction de manifester, les villes peuvent s'appuyer sur les lois existantes contre la violence et le harcèlement, plutôt que de réprimer préventivement les rassemblements pacifiques. Des normes claires et un contrôle indépendant sont nécessaires pour éviter une application sélective. En fin de compte, tous les niveaux de gouvernement doivent affirmer que la protection de la sécurité publique et le droit de manifester pacifiquement ne s'excluent pas mutuellement. Ce mémoire préconise une approche équilibrée : répondre aux besoins réels de sécurité par des mesures proportionnées, tout en respectant l'engagement du Canada en faveur de la liberté d'expression et de réunion. Les décideurs politiques doivent également reconnaître que les discours et les manifestations en faveur de la Palestine sont légitimes et ne sont pas haineux.
Les recommandations en un coup d'œil : Les décideurs politiques canadiens à tous les niveaux doivent aller au-delà des approches réactives et punitives de la protestation et développer à la place des cadres fondés sur des principes et des droits qui traitent la dissidence comme un élément essentiel de la démocratie et non comme une menace. Cela signifie qu'il faut abroger ou réviser les règlements vagues d'exclusion des manifestations, cesser de recourir aux outils de zonage et aux injonctions qui ciblent le discours politique, et n'utiliser les mécanismes juridiques existants qu'en cas de préjudice réel. Les lois doivent être appliquées de la même manière dans tous les contextes politiques, et un contrôle doit être exercé pour éviter une application sélective. Parallèlement, les gouvernements devraient réaffirmer la distinction entre dissidence et haine dans le discours public, rechercher de manière proactive la clarté judiciaire sur les restrictions des manifestations et investir dans l'éducation du public afin de renforcer la compréhension des libertés protégées par la Charte. Cela inclut le droit de protester contre le génocide des Palestiniens de Gaza par Israël et de protester contre l'incapacité du gouvernement canadien à respecter ses engagements en matière de droits de l'homme, de droit international et de ses propres lois anti-génocide - principalement par le biais du Code pénal et de la Loi sur les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre.
[i] Canadian Civil Liberties Association. (n.d.). Right to protest peacefully: CCLA urges the Brampton City Council to fix the proposed bubble zone by-law. https://ccla.org/fundamental-freedoms/right-to-protest-peacefully-ccla-urges-the-brampton-city-council-to-fix-the-proposed-bubble-zone-by-law/
[ii] Bessner, E. (2025, February 22). Bubble legislation to curb protests outside Ontario synagogues has become a hot 2025 campaign issue. The Canadian Jewish News. https://thecjn.ca/news/campaign-bubble/
